La pénurie d’électriciens, un frein majeur pour la transition énergétique selon Emir Deniz

La pénurie d’électriciens s’impose aujourd’hui comme l’un des freins les plus nets à la transition énergétique. Selon Emir Deniz, le problème ne tient pas à une seule difficulté ponctuelle, mais à la convergence de plusieurs tensions sur le marché du travail, dans un contexte où les réseaux, les usines et les infrastructures doivent évoluer vite. Or, sans électriciens, monteurs de lignes et ingénieurs spécialisés en nombre suffisant, la décarbonation ralentit, les coûts montent et les projets prennent du retard.

Synthèse :

La pénurie d’électriciens freine la décarbonation ; en agissant dès maintenant sur le recrutement et la formation, vous préservez les délais de vos projets et maîtrisez les coûts.

  • Nous vous recommandons d’anticiper les besoins RH en intégrant des prévisions pluriannuelles (notamment 7 000 recrutements par an en moyenne, pics à 15 000) et en sécurisant des viviers (apprentis, partenariats CFA, sous-traitants qualifiés).
  • Nous vous recommandons de renforcer les cursus et la formation continue, former en amont aux renouvelables, aux bornes de recharge et aux automatismes, et développer les formations en alternance pour alimenter un vivier durable.
  • Nous vous recommandons de préparer la mobilité internationale des profils en intégrant dès la phase de recrutement les exigences administratives et les certifications locales (Red Seal, licences), afin de réduire les délais d’accès aux marchés étrangers.
  • Nous vous recommandons d’inscrire le recrutement dans la feuille de route énergétique, en couplant planning projet et plan RH, et en favorisant la fidélisation et la montée en compétences pour limiter les recours coûteux à l’externalisation.

La pénurie d’électriciens, un état des lieux alarmant

Le secteur électrique traverse une phase de tension durable. La demande progresse sous l’effet de la réindustrialisation, de l’essor des renouvelables et de l’électrification des usages, tandis que l’offre de compétences ne suit pas au même rythme. Cette asymétrie crée un véritable goulot d’étranglement, visible à la fois en France et à l’échelle internationale.

Les chiffres récents confirment l’ampleur du phénomène. En 2024, plus de 18 300 postes vacants dans le secteur de l’électricité n’ont pas trouvé preneur, soit une hausse de 2,9 % par rapport à 2023. À l’échelle de l’ensemble des secteurs, environ 487 029 postes n’ont pas pu être pourvus en 2024, et l’électricité représente la part la plus visible de ce manque de bras qualifiés.

En France, les besoins sont tout aussi marqués. Chaque année, il manque entre 15 000 et 20 000 électriciens pour répondre aux besoins du marché. Cette tension n’est pas anecdotique, car elle touche directement la construction, la maintenance et la modernisation des infrastructures indispensables à la transition énergétique.

La dimension mondiale du problème est également bien établie. Une enquête de l’Agence internationale de l’énergie, menée auprès de 160 entreprises, montre que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est fréquemment citée comme le principal obstacle à l’accélération de la transition énergétique. Autrement dit, le frein n’est pas seulement technologique, il est aussi humain.

Pourquoi les électriciens sont indispensables à la transition énergétique

Les électriciens sont souvent décrits comme le carburant de la transition écologique. L’expression est forte, mais elle traduit une réalité concrète, car la décarbonation mondiale ne repose pas uniquement sur des investissements, elle dépend aussi de la capacité à installer, raccorder, entretenir et faire fonctionner les équipements.

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Sans eux, les projets restent sur le papier. Avec eux, les réseaux se construisent, les bâtiments s’adaptent et l’énergie circule là où elle est attendue. Leur rôle couvre un champ très large, depuis les centrales de production jusqu’aux équipements de consommation finale.

Des réseaux électriques à construire et à moderniser

La construction, la rénovation et l’entretien des réseaux électriques constituent un premier pilier de leur mission. C’est un enjeu majeur, car le développement des énergies renouvelables suppose des infrastructures capables d’absorber une production plus intermittente, plus dispersée et plus connectée qu’auparavant.

Les électriciens interviennent donc sur les postes sources, les lignes, les raccordements et les systèmes de distribution. Ils rendent possible l’intégration du solaire, de l’éolien et des nouvelles charges électriques, tout en garantissant la sécurité et la continuité d’alimentation.

L’électrification de l’industrie et des usages

Leur rôle est aussi central dans l’électrification de l’industrie. L’objectif est de réduire le recours aux hydrocarbures et d’augmenter la part de l’électricité dans la consommation énergétique du secteur. Cela passe par des installations plus performantes, des process mieux pilotés et une adaptation des équipements industriels.

Dans cette dynamique, l’ambition affichée est claire, porter la part de l’électricité dans le mix énergétique industriel de 37 % à 47 % d’ici 2030. Un tel changement ne peut aboutir sans une main-d’œuvre formée aux nouvelles technologies, aux automatismes et aux contraintes propres aux environnements industriels.

Des infrastructures nouvelles à installer et à maintenir

Les besoins concernent aussi les bornes de recharge pour véhicules électriques, les unités de production solaire ou éolienne, les systèmes d’automatisation et les réseaux intelligents. Chaque équipement suppose une installation soignée, puis une maintenance régulière pour rester performant et sécurisé.

Dans les faits, l’électricien devient un acteur transversal de la mutation énergétique. Il travaille à la jonction du bâtiment, de l’industrie, des transports et de l’énergie, ce qui explique la forte tension sur ces profils. Plus la transition s’accélère, plus leur rôle devient stratégique.

Besoins de recrutement, projections et métiers concernés

La pénurie ne se limite pas à une impression de terrain, elle se traduit par des besoins chiffrés très élevés. Les entreprises et les réseaux doivent recruter vite, mais aussi recruter juste, car tous les métiers du secteur ne sont pas touchés de la même manière.

Les projections montrent une pression forte sur les métiers dits cœurs des réseaux électriques, c’est-à-dire les postes directement liés à l’exploitation et à la continuité du système. La difficulté est d’autant plus grande que ces métiers exigent de l’expérience, une bonne maîtrise technique et une capacité à intervenir sur des chantiers complexes.

Le tableau ci-dessous résume les principaux indicateurs de recrutement observés dans le secteur.

Indicateur Chiffre clé Lecture pour le secteur
Postes vacants dans l’électricité en 2024 Plus de 18 300 Un marché déjà sous tension
Besoins annuels en France 15 000 à 20 000 électriciens Un déficit récurrent de main-d’œuvre
Recrutements sur 5 ans dans les réseaux électriques 43 000 Des embauches massives à sécuriser
Effectifs visés d’ici 2030 De 49 000 à 79 000 Un gain de 30 000 postes
Déficit des spécialistes du soudage et de l’assemblage 4 370 postes Une tension technique supplémentaire
Recrutements annuels moyens dans les réseaux électriques 7 000, jusqu’à 15 000 selon les scénarios Une accélération nécessaire des embauches
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Dans le détail, quelque 43 000 embauches devront être réalisées en cinq ans dans les métiers cœurs des réseaux électriques, parmi lesquels les monteurs de réseaux, les techniciens de maintenance et les chefs de chantier. À l’horizon 2030, les effectifs de ces métiers devront passer de 49 000 à 79 000 salariés, soit 30 000 postes supplémentaires.

La tension s’étend aussi aux fonctions de soudage et d’assemblage, avec un déficit de 4 370 postes en 2024, en hausse de 20 %. En moyenne, les réseaux électriques nécessitent 7 000 recrutements par an, avec des pics pouvant atteindre 15 000 selon certains scénarios. Cette rareté peut retarder l’essor de l’électrification dans plusieurs secteurs.

Les impacts concrets de la pénurie sur les projets industriels

Lorsque les profils manquent, les effets sont immédiats. Les chantiers prennent du retard, les budgets dérapent et certains projets perdent en crédibilité. La pénurie d’électriciens ne produit donc pas seulement un déséquilibre sur le marché de l’emploi, elle agit aussi comme un frein industriel.

L’exemple de Northvolt illustre bien cette mécanique. L’entreprise n’a pas réussi à produire assez de batteries, notamment parce qu’elle ne parvenait pas à recruter suffisamment d’ingénieurs et de techniciens hautement qualifiés. Ce cas montre qu’une idée prometteuse peut échouer si la main-d’œuvre disponible ne suit pas.

Des délais plus longs et des coûts plus élevés

La disponibilité insuffisante de la main-d’œuvre qualifiée entraîne des coûts de construction plus élevés. Les entreprises doivent parfois payer davantage pour sécuriser les profils rares, prolonger les calendriers de réalisation ou revoir l’organisation des chantiers afin de compenser le manque d’effectifs.

Cela touche en particulier les infrastructures essentielles, comme les réseaux électriques modernisés et les usines de batteries. Plus les délais s’allongent, plus le coût global du projet augmente, ce qui pèse sur la compétitivité des industriels et sur la vitesse de déploiement de la transition énergétique.

Des tensions persistantes dans le transport et le génie civil

La filière transport, ainsi que le secteur de la construction et du génie civil, restent exposés à cette tension. La situation est moins tendue qu’au plus fort de la pandémie, mais le défi demeure pour l’électrification des transports, qui exige des compétences spécifiques et une forte capacité d’exécution.

Aux États-Unis, un tiers des 400 000 postes d’ingénieurs créés chaque année ne trouvent pas preneur. Ce chiffre rappelle que la pénurie dépasse largement le cadre français et qu’elle touche l’ensemble des économies avancées engagées dans la modernisation énergétique et industrielle.

Stratégies d’atténuation, former, attirer et anticiper

Face à cette tension, la réponse ne peut pas être uniquement réactive. Il faut agir en amont sur les parcours de formation, l’attractivité des métiers et la montée en compétences des salariés déjà en poste. C’est là que les entreprises et les institutions peuvent réduire l’écart entre besoins et ressources.

L’Agence internationale de l’énergie recommande notamment de développer des formations spécialisées et de créer des chaires de recherche prestigieuses, en particulier dans le secteur de la mobilité électrique. L’objectif est simple, rendre ces métiers plus visibles, plus lisibles et plus désirables pour les jeunes générations.

Faire monter les compétences dès la formation initiale

Les profils les plus recherchés se concentrent sur les énergies renouvelables, les infrastructures de recharge et les automatismes industriels. Il est donc nécessaire de renforcer les cursus adaptés, mais aussi d’intéresser les jeunes très tôt à ces filières afin de nourrir un vivier suffisant de techniciens et d’ingénieurs.

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La montée en compétence dans l’industrie joue également un rôle déterminant. Les salariés déjà en poste doivent pouvoir accéder à des compléments de formation, notamment des formations en alternance, car les technologies évoluent vite et les besoins des entreprises changent en permanence. Sans anticipation, le décalage entre besoins et compétences se creuse.

Préparer une mobilité internationale sans erreur de qualification

Pour les électriciens qui souhaitent s’expatrier, certains dispositifs peuvent faciliter le projet, comme Mobilité Francophone au Canada. Mais l’expatriation ne se résume pas à une opportunité de départ, elle suppose aussi une préparation rigoureuse aux règles locales.

Il faut notamment anticiper les examens obligatoires, comme le Red Seal au Canada ou les licences d’État en Australie. Ne pas intégrer ces exigences dès le départ expose à des blocages administratifs et rallonge l’accès au marché du travail local.

Tendances mondiales, démographie et emploi de la transition

La pénurie actuelle s’inscrit dans une tendance mondiale plus large. En Europe, le vieillissement de la main-d’œuvre réduit la capacité à répondre aux besoins de la réindustrialisation et de la transition énergétique. Le renouvellement générationnel devient donc un enjeu de premier ordre.

Au Royaume-Uni, 20 % des ingénieurs prendront leur retraite d’ici 2030, ce qui pourrait provoquer une pénurie d’un million d’emplois. Ce type de projection montre que la question des compétences ne se limite pas à l’embauche, elle touche aussi la démographie professionnelle.

La transition énergétique produit aussi des effets économiques favorables sur l’emploi. Un investissement d’un million de dollars dans les énergies renouvelables génère en moyenne 7,49 emplois à temps plein, contre 2,56 emplois dans les énergies fossiles. Selon l’IRENA, les 7,4 millions d’emplois perdus dans cette mutation seront compensés par 19 millions de nouveaux emplois.

Cette dynamique reste toutefois conditionnée par la capacité à former, recruter et certifier les bonnes compétences. C’est pourquoi il faut éviter une erreur fréquente chez les candidats à l’expatriation, celle de sous-estimer les exigences de qualification locale, qui peuvent bloquer l’accès à certains marchés pourtant très demandeurs.

Les risques pour l’approvisionnement et les entreprises

La pénurie d’électriciens ne concerne pas seulement l’emploi ou la formation, elle touche aussi la sécurité d’approvisionnement. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à devoir accélérer sur l’autoproduction d’électricité pour réduire leur dépendance aux contraintes du réseau et sécuriser leurs opérations.

Dans ce contexte, les stratégies de transition doivent être pensées plus tôt. Les directions d’entreprise ont intérêt à intégrer le sujet du recrutement dans leur feuille de route énergétique, car un projet de décarbonation sans équipes disponibles risque de rester incomplet.

Plusieurs facteurs aggravent encore la situation, notamment l’augmentation de la demande énergétique, le rythme soutenu des projets de décarbonation et la mutation rapide des besoins en compétences. Ce triptyque impose une approche anticipatrice, fondée sur la formation, la fidélisation et l’adaptation continue des métiers.

La pénurie d’électriciens révèle donc un point simple, mais décisif, la transition énergétique ne se fera pas sans compétences humaines à la hauteur des ambitions affichées.

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